Sgt. Pepper’s remixé : le meilleur des deux mondes

Comment fêter le 50ième anniversaire du meilleur album de tous les temps? En lui donnant une cure de rajeunissement et en solidifiant sa place au sommet des plus grands albums pour le 21e siècle. C’est exactement ce que Universal a fait pour la réédition de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band le 26 mai dernier.

Revenons un peu en arrière. En 2009, lors de la réédition du catalogue complet des Beatles en mono et stéréo, fans et audiophiles étaient plus que satisfaits de l’excellent travail de remastering des bandes originales. Je n’aurais jamais imaginé qu’on pousserait l’audace jusqu’à faire des remix de ces albums mythiques et intouchables. D’un autre côté, on sait tous que les disques des Beatles jusqu’au White Album étaient mixés en mono avec l’implication de tous les membres du groupe. À l’époque, des techniciens concoctaient des mix stéréo des albums à la vitesse grand V, en lisant les notes de productions et en tentant de respecter l’oeuvre originale. Dans bien des cas, c’était désastreux. Dans le cas de Sgt. Pepper’s, le résultat n’était pas à la hauteur du mix original. John Lennon lui même disait que si on avait jamais entendu le mix mono de Pepper, on avait jamais vraiment entendu Pepper. Étrangement, ce sont les enregistrements stéréo qui se sont retrouvés sur les Spotify et Apple Music de ce monde. Avec cette nouvelle réédition, Giles Martin, qui avait déjà fait ses preuves au côté de son père George avec les remix de Yellow Submarine et Love, avait comme mission de faire de nouveaux mix stéréo, en respectant les choix et intentions de mix mono de 1967.

Nul besoin de dire que j’étais anxieux d’entendre le résultat! Comme toujours, certains puristes allaient crier au sabotage, des audiophiles allaient critiquer le son plus compressé et la perte de dynamiques. Mais pourquoi bouder son plaisir? Le résultat est tout simplement stupéfiant. Giles voulait nous rapprocher des Beatles et des instruments et c’est exactement le sentiment que l’on ressent à l’écoute du remix. En utilisant des bandes maîtresses de générations précédentes, donc qui ont subi moins de transferts et qui présentent un son plus pur, on a littéralement fait tomber le mur qui séparait l’auditeur de la musique. Les erreurs et omissions du mix stéréo de 1967 sont aussi choses du passé. Le son est plus puissant, les guitares plus crues, les voix plus claires, la basse mieux définie et la batterie plus présente.

C’est la version de l’album que j’aurais voulu entendre lorsque je suis tombé en amour avec les Beatles.

En comparaison, la version cd stéréo de 1987 semble sortir tout droit d’un iPhone! Giles est cependant resté conservateur dans ses choix de mix en laissant toute la place à la musique et c’est tant mieux! Les fans qui veulent se faire brasser la cage pourront écouter le mix 5.1 dolby, inclus dans la version en coffret. C’est clairement ici que Giles s’est amusé, en faisant tourner les sons en 360 degrés et laissant place à ses élans créatifs. On y retrouve aussi un tout nouveau transfert de l’album en mono, qui ne surpasse pas selon moi la version mono de 2009. Le son est plus clair oui mais on perd une certaine chaleur, le côté brut du son d’origine. Enfin, on retrouve sur la version deluxe, plusieurs prises différentes des chansons en plus des nouveaux mix de Penny Lane et Strawberry Fields Forever.

Si on était au cinéma, on pourrait bien dire que cette version de l’album est le director’s cut, mais Giles Martin n’a pas la prétention de remplacer l’ancienne version de l’album avec son remix. Il veut plutôt permettre aux nouvelles générations de découvrir cette musique avec un son plus moderne qui correspond mieux au paysage musical actuel. Ce faisant, on n’assure pas la place de Pepper comme le meilleur album de tous les temps mais peut-être bien comme le plus important de l’histoire de la musique populaire. C’est donc mission accomplie pour Giles, qui travaille déjà sur un certain album blanc…à suivre…


Auteur : Mathieu Lacourse, propriétaire du Studio de postproduction sonore Studio Bulldog.

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